Dimanche 5 octobre 2008 7 05 /10 /Oct /2008 11:07

Mardi 7 octobre, je ne serai pas à la gare St Lazare.

Je n'irai pas travailler, je ne regarderai pas par la fenêtre du train la grisaille ambiante.

J'irai voir ailleurs des ballons dans le cortège, des gens solidaires qui ensemble se battent.

Jour grévé, paye diminuée, 100 euros sacrifiés.

Mais dégoût aggravé.

Postes supprimés, éducation immolée, pouvoir d'achat liquidé, récession avancée.

Vies asphyxiées.

Parachutes dorés ? Non, pas pour nous. Juste une colère enflée.

 

Pidie Taf.

Par Auberge espagnole
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Dimanche 28 septembre 2008 7 28 /09 /Sep /2008 11:56

Beaucoup d'écrits ont été publiés ces derniers jours à propos du film de L.Cantet, « Entre les murs ».

J'en rajouterai un. Professeur en lycée professionnel, j'accueille dans mes classes les Henriette, Karl, Souleymane quand ils sortent du collège.

Ce film n'est pour moi qu'un point de vue, qu'un regard sur l'Ecole, il ne peut résumer à lui tout seul toutes les situations, il n'est bien évidemment pas le reflet de l'ensemble du système scolaire qui partirait à la dérive comme voudraient nous le laisser croire les tenants de l'Ecole de papa. Discours qui justifie par ailleurs les mesures les plus libérales et réactionnaires prises par le gouvernement. Il ne s'agit nullement d'un documentaire mais d'une fiction qui a choisi des situations de classe,un condensé des morceaux de vie scolaire qui néanmoins contraint à nous interroger. En effet, le film aborde le problème fondamental des classes populaires, du rapport au savoir scolaire et de la pédagogie à mettre en œuvre. Il dérange, il gène aux entournures les enseignants, il met mal à l'aise car il oblige à voir ce que la société refuse d'interroger.

Ancien très bon élève, agrégé de lettres, François enseigne comme on lui a enseigné. Il est celui à qui le système scolaire et  le milieu social ont permis d'être le détenteur du Savoir. Et tout son problème est de devenir le transmetteur. A cet égard, le film est excellent. Le professeur ne parvient pas à faire entrer Souleymane dans les apprentissages. Henriette le dit très bien : « moi je n'ai rien appris cette année...je ne veux pas aller en professionnel » (entendre le lycée professionnel).

Oui le problème est là, les profs ne parviennent pas à mettre sur la voie de la réussite la quatrième 3, sauf Louise mais François sent bien qu'elle joue juste son rôle de bonne élève mais pas plus.

Le monde de François n'est pas celui des élèves et les passerelles entre les 2 univers n'existent pas, le prof ne parvient pas à montrer comment se servir des outils pour accéder à ce savoir. Là est la violence : quand celui qui dont le travail est de vous tirer vers le haut n'y arrive pas, vous vous sentez abandonné.

Démuni, François doit sauver le groupe et sacrifier Souleymane. Il ne peut agir sur la vie des élèves.  La sanction ne changera rien, les problèmes affectifs, sociaux, culturels ont pris le pas sur les apprentissages scolaires. Karl est très explicite : « les profs qui excluent sont tous des enculés ». N'a-t-il pas compris pourquoi avait-il été exclu ? Si justement. Nous ne sommes pas parvenus à l'aider à apprendre. Le problème est bien là et pas ailleurs. Certains diront que le film donne « une sale image du collège public », que « l'on désespère J. Ferry ». Tant mieux . Mais n'est-ce pas l'Ecole de J. Ferry qui nous désespère ainsi que la méritocratie et l'égalité des chances qui laisse sur le carreau les élèves plus fragiles ?

Alors comme l'écrit F. Bas, dans Charlie du 24 septembre, le film est-il un film de guerre ? La guerre entre le professeur et les élèves ? Ou entre un système scolaire où l'on proclame l'égalité des chances et des jeunes qui n'ont pas cocher les bonnes cases du bulletin gagnant, qui n'ont pas obtenus les 3 étoiles.

 

La réussite scolaire n'est pas le loto.

 

Chance d'être né dans un milieu favorable, chance d'aller dans une école apaisée, de vivre dans un quartier sans tension, de ne pas flipper quand le frigo est vide, de ne pas être frustré par la société d'hyper-consommation qui dégueule dans la rue, à la télé, de ne pas compter ses sous pour savoir si on pourra aller chez le médecin, de  ne pas avoir la trouille d'être renvoyé au bled par Hortefeux ou le « daron ». Chance de savoir d'où l'on vient et où l'on va ?

Le film est salutaire et montre une des réalités de l'Ecole, celle dans laquelle tentent de se dépatouiller les profs avec de moins en moins de formation, les jeunes des quartiers populaires qui dépriment quand ils n'y arrivent pas et pour lesquels la méthode Couet, « si tu veux tu peux » ne marche pas à tous les coups. Et la pédagogie est-elle fait pour les chiens ? N'y a-t-il pas des stratégies spécifiques à mettre ne œuvre avec cette jeunesse dont la culture n'est pas celle de ceux qui ont les moyens sociaux-culturels de réussir et pour lesquels l'école de J. Ferry et le collège unique ont été construits ? Construire l'Ecole pour tous tel est l'enjeu.

Darcos au lieu de développer les RASED (réseau d'aide aux élèves en difficulté), augmente la journée des gamins en difficultés, diminue la formation des professeurs des écoles spécialisés et de tous les enseignants.

Film de gauche, la vraie celle qui pose les problèmes, politiquement, qui résiste à l'idéologie libérale dominante. La gauche qui te prend aux tripes, qui active tes neurones : abandon du service public et de ses personnels et de ses usagers.

Si Souleymane, Henriette et les autres souhaitent avoir du soutien, ils peuvent toujours se tourner vers Acadomia et autres officines privées de soutien scolaire, leurs parents bénéficieront de 50% de réduction d'impôts sur le prix des cours.

Mais ils n'en paient sûrement pas.

 

Dan Lemille.

Par Auberge espagnole
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Lundi 22 septembre 2008 1 22 /09 /Sep /2008 18:58

France 5 et l'AFEV vous invitent à participer à la 1ère Journée du Refus de l'Echec Scolaire à Paris le 24 septembre 2008 .

A cette occasion, venez débattre à la Bellevilloise, 19-21 rue Boyer - Paris 20e, de 13h30 à 18h30, sur le thème « Les familles et l'école »
En présence de Philippe Meirieu, Stéphane Bonnery et du parrain de cette première édition, Gabriel Cohn-Bendit.

Entrée gratuite. Pour vous inscrire à l'événement, cliquez ici. Attention ! nombre de places limité.

Au Programme :

14h00 - Accueil par Mme Frédérique Calandra, maire du 20e arrondissement de Paris et Mme Laurence Tourcher,
directrice générale adjointe de France5. Echange avec le sociologue Stéphane Bonnery sur les inégalités scolaires.

16h30 Débat organisé par France5-Curiosphère : « Internet, les familles et l'école ».
Entre chaque débat, retrouvez les reportages réalisés par curiosphere.tv avec l'Afev sur « Les familles et l'école ».

18h30 - Fin des débats - Apéritif offert aux participants par la mairie du 20e.

Pour consulter le programme en détails , merci de vous rendre sur www.curiosphere.tv en cliquant sur ce lien.

 

Pour les personnes ne pouvant pas se déplacer, les débats seront retransmis en direct sur www.curiosphere.tv.
Vous pourrez aussi retrouver une sélection de contenus exclusifs sur "Entre les murs", le film-événement de la rentrée.

 

Pidie Taf.
Par Auberge espagnole
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Samedi 20 septembre 2008 6 20 /09 /Sep /2008 15:50


On ne construit pas l'Ecole pour tous, on humilie, on travaille l'opinion, on parle de rentabilité, d'économie, on nie la professionnalité des enseignants.

 

 

Xavier Darcos, audité par la commission des Finances du Sénat, juillet 2008 : « Est-ce qu'il est vraiment logique, alors que nous sommes si soucieux de la bonne utilisation des crédits de l'Etat, que nous fassions passer des concours à bac+5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches ? Je me pose la question, ces personnes ayant la même compétence que si elles étaient par exemple institutrice en CM2. Donc la question du préélémentaire me paraît devoir être posée, mais elle est très difficile à soulever sans immédiatement amener avec elle une tempête de polémiques et de préoccupations municipales.»

 

La maternelle ne sert à rien.

Que le meilleur gagne !

 

Inventaire de mesures pour une destruction annoncée :

 

30627 suppressions d'emploi dans la fonction publique en 2009 dont 13500 dans l'Education Nationale.

 

Achat de la paix sociale avec une prime pour les nouveaux professeurs.

 

Prime pour récompenser les bons soldats qui ont accepté les heures sup !

 

Suppression des IUFM repères de pédago gogo gauchisants

 

Perte de 20% de pouvoir d'achat des enseignants entre 1981 et 2005, 7% depuis depuis 2000 !

 

Chasse aux élèves sans papiers et de parents sans papiers

 

Suppression des BEP et généralisation des bacs pro en 3 ans.

 

Suppression de la carte scolaire

 

Suppression des cours le samedi pour les élèves du primaire.

 

Nouveaux programmes du primaire quelque peu réactionnaires.

 

Extension des établissements privés

 

Disparition programmée des RASED (réseaux d'aide aux élèves en difficulté). Luc Ferry a lâché le morceau dimanche sur France Inter, 8000 postes d'économisés.

 

Intensification de la journée de travail pour les professeurs des écoles et les élèves en difficulté.

 

Mise en place du service minimum au lieu d'un service maximum

 

Licenciement d'un enseignant qui pratique l'Education civique avec ses élèves

 

Fichage de la population.

 

J'en ai oublié? Sûrement.

 

On descend dans la rue ?

 

«T'es fou c'est bientôt les élections professionnelles, le 02 décembre arrive vite et chaque syndicat va défendre son bout de gras, du moins ce qu'il en reste. On doit être le pays d'Europe où il y a le moins de syndiqués pour le plus de syndicats ! Pas même une seule journée de grève pour calmer les nerfs ! Puis il y a ceux qui résistent et ceux qui s'accommodent des contre-réformes alors on ira juste manifester le dimanche 19 octobre, dans l'unité s'il vous plait. C'est l'heure des économies.» me répondent les plus réalistes.

 

Zorita contre les fossoyeurs de l'Education nationale

 

Zorita s'est confiée le jour des résultats du bac.

 

«A l'école primaire j'ai toujours été une élève en difficulté.» En CP,  elle n'arrivait pas à lire, en CE1 non plus. Redoublement.  Elle ne posait pas de problème dans la classe mais elle sentait bien qu'elle énervait le maître, elle n'y arrivait pas. Alors changement de cap, elle est allée dans un CE2 «spécial», en perfectionnement. Rencontre avec une institutrice spécialisée, en à peine 2 mois elle a su lire.

 

«SEGPA LIRE, SEGPA écrire !»

 

En 6 ème, elle avait encore trop de retard, on lui a conseillé la SEGPA (section d'enseignement général et professionnel adapté). Comme disait des garçons de sa classe : «nous, on SEGPA lire, on SEGPA écrire». Mais elle n'a jamais eu honte.

Au collège on lui a souvent répété qu'elle n'était pas bête. Si elle travaillait bien, elle reviendrait dans une classe «normale» comme elle dit. Mais elle est y  restée jusqu'en 3 ème, elle a obtenu un CAP ETC.«Le ménage ça ne m'intéressait pas et j'avais passé beaucoup de temps à l'école alors j'ai arrêté. Je ne savais pas quoi faire alors j'ai travaillé au Mc DO. C'était très dur, je voulais pas faire ça toute ma vie»

Sa grande sœur l'a prise par la main, elle a repris le chemin de l'Ecole.

«Je me suis inscrite en BEP MHL (maintenance et hygiène des locaux). J'aurai préféré cuisine à la place mais je n'avais pas le choix et j'avais déjà un CAP dans la même branche». En BEP, elle était la plus âgée de sa classe, 20 ans mais aussi la meilleure.

Durant les 4 années passées au lycée, elle a été de tous les combats : elle a manifesté pour empêcher les expulsions de ses camarades sans papiers, bataillé contre le CPE, contre les suppressions de poste, contre la suppression du BEP dont elle est si fière et qui lui a permis d'accéder au bac.

«Aujourd'hui, je suis heureuse j'ai mon bac HE (hygiène environnement) avec mention et en septembre je suis prise en BTS. J'ai toujours voulu diriger une équipe. Je serai responsable d'une équipe de nettoyage.»

 

Merci, bravo Zorita et bon vent, on se retrouvera sûrement, dans la rue.

 

Dan Lemille
Par Auberge espagnole
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Lundi 8 septembre 2008 1 08 /09 /Sep /2008 18:14
Luc Ferry France Inter dimanche 7 septembre 2008.

RASED : réseau d'aide aux élèves en difficulté.


Par Auberge espagnole
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Samedi 30 août 2008 6 30 /08 /Août /2008 21:51
Il est des lectures qui nous réconcilient avec la vie...
En voici une à dévorer d'urgence, pour une rentrée réjouissante!

L'élégance du hérisson
de Muriel Barbery


Pidie Taf
Par Auberge espagnole
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Lundi 16 juin 2008 1 16 /06 /Juin /2008 20:51
Aujourd'hui j'ai bien observé... 
J'ai observé  l'homme dans son milieu professionnel naturel.

Quand arrive le mois de juin, les établissements scolaires préparent la rentrée de septembre, on remplit des fiches de voeux!
Oui, il est possible de formuler des voeux auprès de sa direction et d'y croire.
Des voeux pour dire "je souhaiterais avoir telle classe car j'ai un projet, un PPCP" (Projet Pluridisciplinaire à Caractère Professionnel), ou "j'aimerais monter une classe à PAC " (Projet Artistique et Culturel), ou "je souhaite suivre les secondes CAP en terminales..."
La logique voudrait en effet que les profs puissent procéder au suivi des élèves d'une année sur l'autre jusqu'au diplôme.
La cohérence voudrait aussi que les projets pédagogiques (réfléchis et mis au point dès le mois d'avril) soient pour un établissement, pour ses équipes et pour ses élèves, des moteurs, des liens fédérateurs, qu'ils soient porteurs de sens et de concret pour l'année scolaire à venir.
Oui, ce serait bien.
Sauf que dans ce milieu, la logique et la cohérence sont des notions parfois étrangères aussi bien à certains collègues enseignants qu'à nos chefs d'établissements : on résonne en heures sup' (j'en ai besoin, avec le crédit auto et la maison...), on agit en chef d'entreprise (untel a bossé gratis sur le logo du lycée, je lui doit bien çà...), ou encore en chef tout court qui règle ses comptes avec des profs un peu trop revendicateurs.
Alors les élèves... 
De toute façon, ils doivent bien comprendre un jour ou l'autre que le milieu professionnel c'est dur, et puis les projets ça fait peut-être rêver un peu mais bon... C'est ça le monde du travail! Faut se lever tôt et travailler plus!

Aujourd'hui j'ai bien observé.
J'ai observé l'homme dans son milieu naturel : la jungle.

Pidie Taf

 
Par Auberge espagnole
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Dimanche 15 juin 2008 7 15 /06 /Juin /2008 21:05


http://lecole.est.finie.over-blog.com/

après le succès de la nuit des écoles, le collectif organisateur nous propose une autre forme d'action:

*L'école est finie ?*

*Le 28 juin, un dernier samedi

*pour débattre de l'avenir de l'école*

Le 28 juin, 1001 écoles un peu partout en France, ouvriront leurs portes pour ce dernier samedi de classe, afin de débattre de l'avenir de
l'école.

Inscrivez, vous aussi votre école sur le site

http://lecole.est.finie.over-blog.com/

pour :

- inviter un grand nombre de personnes à venir découvrir les
multiples facettes de l'école d'aujourd'hui* (littérature, recherches
mathématiques et scientifiques, créativité artistique, débat citoyen,
aide aux élèves en difficultés) mises en péril par les réformes actuelles.

- partager cet événement avec des artistes (chanteurs, peintres, comédiens) ou d'autres personnalités du monde scientifique, littéraire soucieux de l'avenir de l'école.

- participer à un vrai débat citoyen où chacun est invité à donner son avis et exprimer ses inquiétudes : enseignants, parents d'élèves, élus politiques de tous bords, citoyens souhaitant s'informer
ou donner leur point de vue mais aussi les représentants du ministère de l'éducation Nationale (Inspecteurs de circonscription, Inspecteurs d'Académie, conseillers ministériels et bien sûr Monsieur Le Ministre!)

- se quitter le midi après un pique-nique convivial et familial.

Les mesures actuelles dans l'éducation Nationale suscitent de nombreuses inquiétudes dans les écoles du public et du privé (nouveaux programmes, réorganisation de la semaine scolaire, suppression de postes...)

venez nombreux en discuter

http://lecole.est.finie.over-blog.com/

Dan Lemille
Par Auberge espagnole
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Samedi 14 juin 2008 6 14 /06 /Juin /2008 17:55

Un déjeuner d'été sous les platanes, des amis, quelques verres de vin... et la magie opère!
Pidie Taf
Par Auberge espagnole
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Samedi 14 juin 2008 6 14 /06 /Juin /2008 09:53


Je ne suis pas barbu, je ne porte pas de cagoule, je ne fume pas la pipe. Je ne suis pas à la tête d'une armée de va-nu-pieds, quoique. Je suis professeur de lycée professionnel: PLP. J'enseigne les lettres et l'histoire-géographie.

PLP lettres-histoire-géographie. Quelle horreur je suis bivalent! Enseigner deux disciplines mais c'est impossible! Au collège ou au lycée, on est soit prof de lettres soit prof d'histoire-géographie. "Tu es instit, c'est ça? Mais où travailles-tu? Quel concours as-tu obtenu? Le Capes? L'agrégation?", me répète-t-on sans cesse. Non je suis PLP et je t'emmerde.

J'apprends à mieux lire et écrire, à comprendre le monde qui les entoure à tous les jeunes que notre système scolaire républicain méritocratique a brisés. A tous ceux que les conditions sociales et scolaires ont mis en difficulté.

Je n'ai ni le Capes, ni l'agrégation et je ne suis pas instituteur. Je bosse en banlieue, en Sarkozie, près de Neuilly, dans un lycée professionnel ZEP (Zone d'éducation prioritaire), situé en ZUS (Zone urbaine sensible). Plus de 50% des élèves appartiennent, selon les critères de l'Education nationale, aux catégories sociales défavorisées ou très défavorisées. Pas de pitié, pas de misérabilisme cher lecteur. Inutile de les plaindre et de nous plaindre. Ni héros ni victimes, ne nous invitez pas à la garden party du Sarko le 14 juillet.

J'aurais pu passer le concours dans un autre corps, professeur des écoles, certifié, agrégé. Or il y a dix ans, j'ai choisi, oui j'ai choisi de venir enseigner ici et de me confronter à cette réalité que nous refusons de regarder en face. Celle qui nous fait peur, la banlieue, les quartiers populaires, "l'échec scolaire".

Au regard de la profession enseignante, et même de la société, je ne suis pas un vrai prof. Enseigner à des fils et filles de prolos n'est pas valorisant ce serait même dégradant. Ça doit être contagieux. Plus on est confronté à un public en difficulté plus on est soi-même considéré en difficulté dans son travail, étonnant non?

Dans les lycées professionnels, on forme ceux qui vont repasser vos chemises, réparer vos ascenseurs, construire votre futur logement, restaurer votre fauteuil Louis XVI, passer le balai dans les hôpitaux, épousseter vos bureaux... les ouvriers et les employés de demain. Si et seulement si l'ascenceur social fonctionne, sinon ce sera le quatrième sous sol. C'est vrai, ils ne feront pas les grandes écoles, ils ne seront pas énarques. Peu de parents rêvent du lycée pro pour leur progéniture, les jeunes non plus.

J'attaque donc ma dixième année d'enseignement auprès de ceux que le système scolaire a sélectionnés pour devenir clé de 12, monobrosse, truelle, fer à repasser... discriminés, humiliés et parfois expulsés. Ce ne sont pas tous des flèches certes, certains se retrouvent en LP car ils ont des parcours familiaux chaotiques, ont des comportements de "sauvageons", ne savent pas bien lire ou écrire. Dans le meilleur des cas, ils sont restés au chaud près du radiateur depuis la maternelle sans se faire remarquer.

Ni anges, ni démons, ils ne ressemblent pas aux stéréotypes de TF1 et des magazines de société. Ils ont des rêves eux aussi. Notre rôle est de contribuer à les aider à se construire homme, travailleur, citoyen. Ils nous le demandent, ils l'exigent.

Alors sous professeur? Professeur frustré d'avoir échoué au Capes ou à l'agrégation?

"Combien de temps on tient dans ce boulot?", demandent les jeunes enseignants. Je n'en sais rien. "On dit que des profs ne veulent pas venir enseigner avec nous, eh bien qu'ils ne viennent pas, nous on en veut pas de ces profs! Sinon on leur fera la misère." Rachid, BEP comptabilité.

Ce blog ne se veut ni une analyse sociologique, ni analyse politique, juste le regard d'un prof de LP, militant syndical, formateur débarqué de sa province en banlieue parisienne. Regard sur un monde que l'on ignore que l'on feint de ne pas voir, c'est plus rassurant.

                                                                                                                   Dan Lemille  



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  • : Le blog de Auberge espagnole
  • : L'aubergepagnole ? Lieu où chacun arrive avec ce qu’il aime, ce qu’il a prévu de partager. Nous, nous sommes profs, profs de lycée professionnel en banlieue, nous sommes dans une aubergespagnole, un lieu vivant où chacun arrive avec ses rêves, ses coup de blues, ses envies, ses expériences, son regard. Et après avoir partagé nos plats nous ne sommes plus les mêmes !
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